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Culture

Fête nationale – Transmettre une parole, de Diane Dufresne à Pier-Luc Funk

Les artistes de la Fête nationale à Montréal pendant une pratique devant public.

Les artistes de la Fête nationale à Montréal pendant une pratique devant public.

À Québec, le spectacle du 23 juin sur les plaines d’Abraham, où Pier-Luc Funk livrera son allocution, mettra en vedette Sarahmée, Mia Tinayre, Mélissa Bédard, Marie-Pierre Arthur, Marie-Mai, Marie-Denise Pelletier, Lou-Adriane Cassidy, Joseph Sarenhes, Gab Bouchard, Daniel Boucher et Claude Dubois. Espérons que l’événement ne connaîtra pas le même sort que l’an dernier, annulé qu’il fût en raison d’une averse diluvienne…

Le nouveau porte-étendard de notre party d’anniversaire collectif, Pier-Luc Funk, considère comme un immense honneur de se faire confier un tel mandat à 32 ans.

«Absolument. Étant très fier d’être Québécois moi-même, ce n’est pas un rôle que je prends à la légère. Je pense que ça arrive une fois, dans une vie. C’est probablement un événement que je ne pourrai jamais revivre, un événement de cette grosseur-là… Tu te le fais confier une fois, et l’an prochain, ça sera quelqu’un d’autre. Je le prends avec un grand honneur, ça me touche beaucoup, et je vais essayer de rendre fiers les gens qui m’ont confié ce mandat-là.»

Justement, à quoi ressemblera son mot patriotique? Bien malin celui qui saura tirer les vers du nez à l’acteur de Vitrerie Joyal et de la nouvelle série Angles morts, de Radio-Canada. À peine se contente-t-il de spécifier que son ami Mickaël Gouin en assure la script-édition, mais qu’il en a rédigé l’essentiel tout seul.

«Je suis un gars assez intense, qui aime raviver la flamme. J’aime cette adrénaline-là, d’être devant une foule. Je veux essayer de partager ma flamme, plus que de faire un grand poème lyrique. Je me dirige plus vers l’idée de soulever les foules avec un beau discours patriotique», raconte Pier-Luc, qui estime que la Fête nationale n’est «pas la place» pour «faire une joke».

«Devant 70 000 personnes, ce n’est pas la place pour faire un sketch. Un petit gag visuel pour quelqu’un qui est à un kilomètre de la scène et qui doit plisser des yeux… Bonne chance pour que tout le monde le pogne! Je ne vais pas aller là-dedans. Je vais surtout y aller dans la grande présentation, aller chercher les gens avec un petit discours émotif que j’ai concocté.»

Des célébrations à la grandeur du Québec

À la grandeur de la province, ces 23 et 24 juin, on soulignera le 75e anniversaire du regretté Guy Lafleur, à travers les fêtes de quartier, le Défilé montréalais et les spectacles à Montréal et à Québec. Aurait-on pu rêver thème plus porteur, en ce début d’été où la population est encore portée par les récents succès du Canadien et de la Victoire sur la glace? Différents hommages seront rendus au Démon blond, en paroles, en musique ou autrement.

«Il faut se rassembler autour d’un projet commun, et ce projet commun, le 24 juin, c’est de célébrer notre langue française, notre culture d’ici. Quand on dit « culture d’ici », c’est la culture de tous ceux et celles qui sont Québécois et Québécoises, depuis 10 minutes ou depuis quatre ou six générations. On est tous dans le même bateau. Il faut avoir un but commun, c’est de célébrer notre culture», insiste Pierre Séguin, metteur en scène du Grand spectacle du parc Maisonneuve, qui a touché à presque tout ce que le Québec a compté de concepts de variétés au fil des ans, de funérailles nationales jusqu’au Gala de l’ADISQ, et qui connaît «la mécanique» d’un tel happening.

«On essaie de varier les chansons chaque année pour voir tout le monde. On a tellement d’auteurs-compositeurs-interprètes qui ont fait tellement de chansons extraordinaires! Il faut essayer de toucher tout le monde. Il faut qu’il y en ait pour les générations plus âgées et pour les plus jeunes. Parfois, on amalgame des personnes de générations différentes, qui chantent une même chanson.»

Ne pas imiter Antoine Bertrand

Sous le grand slogan Célébrer ce qui nous lie, le Fête nationale à Montréal ramifie cette année trois sous-thématiques chères au cœur des Québécois.

D’abord, la force du collectif. Ensuite, la transmission entre générations, avec la présence, au Grand spectacle du parc Maisonneuve, tant de légendes comme Diane Dufresne, des membres d’Harmonium et Clémence Desrochers en vidéo que de talents montants comme Éléonore Lagacé, Émile Bourgault, Souldia et Pier-Luc Funk, porte-parole des festivités. Avec, entre ces deux âges, des aguerris comme Bruno Pelletier, Pierre Lapointe et Guylaine Tremblay à l’animation pour une deuxième édition consécutive. En cette année où on célèbre les 50 ans de l’iconique rendez-vous 1 fois 5 et les 20 ans de l’album La Forêt des mal-aimés, de Pierre Lapointe, les prétextes à farfouiller dans nos souvenirs ne manquent pas.

Monsieur Séguin informe qu’au-delà des traditionnels pots-pourris, les artistes auront beaucoup de temps pour offrir leurs morceaux en entier.

On promet bien sûr des mariages audacieux à la Diane Dufresne – Souldia ou Éléonore Lagacé (imaginez ces deux bombes féminines en duo!), par exemple, des moments émotifs ou des instants de type «feux de camp». La présence de la formation orchestrale Les Héritières (réunissant notamment Marie-Pierre Arthur, Kim Richardson, Karen Young et Coral Egan) et ses voix aux bagages métissés laisse entrevoir de beaux moments d’harmonie.

Pas question, toutefois, de tenter de reproduire sciemment les minutes de grâce créées par Antoine Bertrand l’an dernier, lors de son discours patriotique constitué de paroles de chansons d’ici.

«Il faut éviter d’essayer de le refaire, parce qu’il y aura comparaison. On s’en va complètement ailleurs, cette année. Et il y aura des surprises!», siffle Pierre Séguin.

Un trésor appelé Diane Dufresne

Diane Dufresne, qui se fait extrêmement rare dans la sphère publique, en réjouira plusieurs avec sa présence. Souvenons-nous des réactions émotives, presque bouleversées, sur le plateau d’En direct du Jour de l’An, le 31 décembre dernier, à Radio-Canada, lorsque la chanteuse de 81 ans a fait irruption dans le décor pour interpréter son tube Oxygène! Des visages semblables se dessinaient à l’annonce de sa participation à la Fête nationale, le mois dernier.

«Je ne suis pas une fille de party, mais là, la fête est entrée à l’intérieur! Quand on reçoit des doses d’amour, on les prend. C’est ce qui nous donne de la nourriture. Quand je vais avoir peur de monter sur scène, que je vais avoir le cœur qui palpite, je vais penser à tout ça. C’est de l’énergie qu’on emmagasine pour aller chanter au meilleur», dépeint l’immortelle auteure-compositrice, qui n’a «pas toujours le goût» de prendre part aux événements où on l’invite, mais qui ne rate pas une occasion de propager son amour de la langue française.

«Parler français, c’est aussi penser français. La langue française est une langue poétique. On y tient. Beaucoup de gens de tous les pays viennent chez nous, et c’est important; il faut ouvrir les portes à ceux qui souffrent. Mais je souhaite qu’ils aient la rigueur de parler français, parce que c’est très important», note Madame Dufresne, s’attendrissant également de la forte représentation d’artistes féminines dans le Grand spectacle.

Satisfaite de son expérience en 2025, première femme à avoir animé cette mythique réunion le soir du 24 juin, Guylaine Tremblay reprend avec plaisir son collier de maîtresse de cérémonie du Grand spectacle de Montréal en 2026.

«Quand ils m’ont rappelée, je ne pouvais pas dire non. C’est un tel trip d’être là, d’être entourée d’artistes aussi merveilleux à chaque fois, de la vibration du public… Animer, ce n’est pas une chose à laquelle j’aurais pensé moi-même, mais je trouve ça le fun. Faire partie d’une gang, c’est formidable!»

La comédienne d’Antigang prévoit-elle un espace pour exprimer ses convictions ou livrer un numéro sur scène?

«Moi je suis là pour mettre en valeur les autres. Un bon animateur ou une bonne animatrice n’est pas là pour dire: « Regardez-moi briller! » On est là pour dire à la foule de venir et d’embarquer. Je veux mettre tout le monde en lumière!»

Une Fête «pour se dire ensemble qu’on s’aime»

Aux yeux de Marie-Anne Alepin, présidente du Comité de la Fête nationale à Montréal, un point de rencontre comme la Fête nationale, «pour se dire ensemble qu’on s’aime», image-t-elle, est absolument crucial en cette période d’incertitude mondiale.

«C’est comme si on attendait, tout au long de l’année, de faire une pause ensemble, illustre Madame Alepin. On a le droit d’arrêter de travailler, de payer nos factures, d’arrêter tout, pour célébrer cette journée-là. C’est une journée qu’on mérite, ensemble!»

 «Il y a beaucoup de défis en ce moment. On voit tout ce qui se passe à travers le monde, les guerres, les difficultés financières. Et c’est important de raconter ce qui nous unit, de raconter notre histoire. On célèbre notre langue française, notre culture, notre identité, tout en faisant découvrir de la musique aux nouvelles générations, à ceux et celles qui ont choisi le Québec comme terre d’accueil.»

«Notre langue française et notre culture sont beaucoup plus fragiles qu’on pense.  On est dans un esprit d’effacement. Et ça, c’est réel. On essaie de ne pas alarmer tout le monde avec ça, mais on est vraiment dans le mur; on est en train de s’effacer! Les défis, on les voit partout autour. Si, de façon collective, on n’emboîte pas le pas, ça va être très difficile de revenir en arrière. On est dans un point de bascule en ce moment. On doit collectivement consommer de la culture du Québec! Au nombre de personnes que nous sommes au Québec, on a le pouvoir de le faire…!», conclut Marie-Anne Alepin.

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