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«On s’en va dans le mur» – Les clubs de tir de Québec craignent la fin

Un membre du club de tir Beauséjour, près de Québec

Les membres de clubs de tir craignent la fin de leur sport

Que ce soit en raison du programme de rachat d’armes de Mark Carney ou encore le bannissement d’armes à poing sous Justin Trudeau, les tireurs sportifs de Québec et ses environs craignent tous la même chose: la disparition de leur sport.

Métro s’est entretenu avec trois propriétaires de clubs de tirs de la région de la Capitale-Nationale. Ils avaient tous d’importantes craintes pour l’avenir. 

Rassemblant près de 2500 membres, le club de tir Beauséjour, sur la Rive-Sud de Québec, est un des clubs piliers de la région depuis 1953. Luc Boucher, président du club, sait qu’il devra éventuellement dire au revoir à l’institution. «Certains de nos membres sentent la fin, littéralement. Pour moi, c’est un patrimoine, un investissement que je risque de perdre», explique-t-il. 

Le club vit surtout des difficultés depuis que le gouvernement fédéral a placé certaines armes sous autorisation restreinte. «On se dirige vers une espèce de cul-de-sac», affirme Luc Boucher. «Si on finit par perdre toutes nos armes à autorisation restreinte, c’est la fin du sport. C’est notre pain et notre beurre. On perdrait 1100 membres, et notre club de tir fermerait.»

Pour Yohan Bélanger, membre du club de tir Beauséjour, les raisons offertes par le gouvernement fédéral pour restreindre les armes sont «illogiques». 

«Il n’y a pas de logique. J’ai un bac en physique et j’étudie présentement à la maîtrise en génie électrique. J’haïs ça quand quelque chose n’est pas logique», dit-il.

M. Bélanger pratique le tir depuis longtemps. C’est d’ailleurs sa passion pour ce sport qui l’a aidé à cesser de fumer, dit-il. 

Luc Boucher (gauche) et Yohan Bélanger (droite), devant le Club de tir Beauséjour.

«Il n’y a pas de relève»

Outre l’application de nouvelles lois fédérales, les clubs de tir anticipent un manque de relève dans le sport. 

C’est ce que craint entre autres David Fortin, directeur de l’Association Chasse et Pêche de Plessisville. «On en a encore pour un petit bout, mais à un moment donné, les clubs de tir vont finir par mourir. Il n’y a pas de relève», dit-il. 

Luc Boucher est du même avis, alors que la moyenne d’âge des membres de son club est de 46 ans. «Cette discipline-là, dans laquelle les Québécois excellent, n’a juste pas de relève. Il n’y a pas de possibilité d’avoir de nouveaux joueurs dans la game. Ce n’est juste pas possible.»

Plusieurs choses contribuent tout de même à maintenir un certain achalandage de leurs clubs. La pratique du pigeon d’argile, tout d’abord, attire surtout de jeunes tireurs. Par exemple, la moyenne d’âge pour la pratique du pigeon d’argile au club de Plessisville est de 24 ans. 

En deuxième position, «c’est la fameuse loi 9», selon David Fortin. La loi 9 est une loi provinciale qui encadre strictement le tir sportif en obligeant les tireurs à réussir un test d’aptitude pour pratiquer avec des armes de poing dans les clubs. «C’est ce qui aide les clubs de tir à rester en vie, c’est ce qui ramène les gens», ajoute-t-il. Le club compte actuellement 130 membres inscrits sous cette loi. 

Pour le Club de Tir Castor de Charlesbourg, à Québec, c’est plutôt le prêt d’armes qui permet au club de prospérer. «C’est ce qui permet de conserver l’achalandage au club», explique Dominique Vachon, président du club depuis quatre ans et instructeur des tests d’aptitude sous la loi 9.

Face aux nouvelles restrictions, Dominique Vachon indique que les membres de son club se sentent «pris, pas écoutés, et ciblés par erreur», ajoutant que c’est un «sentiment d’injustice et d’impuissance» qui règne depuis quelque temps. 

Une situation «gênante» pour certains

Les membres de clubs de tir sont bien conscients du message présentement véhiculé auprès du public.

Selon Luc Boucher, il n’existe tout simplement pas de moyen pour atteindre le bon public. «La voix qu’on a présentement, ce sont des gens en faveur de l’armement citoyen afin de se défendre contre une invasion américaine… Je trouve ça gênant en tant que propriétaire d’arme à feu. Je suis gêné de me retrouver à faire face à ce genre de discours-là», révèle-t-il. 

Selon lui, un nouvel interlocuteur serait de mise. «Les interlocuteurs dans le dossier des armes à feu sont les mêmes depuis 30 ans. Ça prend une voix plus modérée. Peut-être que le message passerait mieux auprès du public.»

Malgré la présence de plus de 3500 membres devant l’Assemblée Nationale en avril, les manifestations ne sont pas la solution, selon David Fortin. «Est-ce que c’est vraiment des choses comme ça qui réussiront à faire le changement? Je ne sais pas.»

Selon Luc Boucher, une seule voie de passage existe, et elle se trouve dans la dépolitisation des armes. 

C’est pourquoi, le printemps dernier, son club a pris la décision de s’associer à la Fédération des chasseurs et pêcheurs du Québec. L’association aurait, selon lui, une porte d’entrée auprès ministre de la Sécurité intérieure du Québec, Ian Lafrenière. Luc Boucher espère donc qu’avec cette association, lui-même et les membres de son club seront «connectés plus directement avec le pouvoir».

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