Le marché immobilier de Québec ralentit
Après plus de trois ans de hausses ininterrompues, le marché immobilier de la région de Québec ralentit et enregistre sa première baisse trimestrielle des prix. L’incertitude économique et politique s’installe comme nouveau facteur de tempérance.
La séquence semblait ne jamais devoir s’arrêter. Pendant huit trimestres consécutifs, la région de Québec avait affiché la croissance des prix immobiliers la plus forte de tout le Canada, trimestre après trimestre. Le deuxième trimestre de 2026 marque un premier accroc dans cette trajectoire: selon les données publiées lundi par Royal LePage, le prix de l’agrégat d’une propriété dans la région a reculé de 2,0% par rapport au trimestre précédent pour s’établir à 465 800$. C’est la première baisse trimestrielle enregistrée dans la région en plus de trois ans.
Ce recul trimestriel doit être mis en perspective. Sur une base annuelle, les prix demeurent en territoire positif. Le prix de l’agrégat a progressé de 6,1% par rapport au deuxième trimestre de 2025. L’unifamiliale détachée a grimpé de 6,3% sur un an pour s’établir à 497 800$, tandis que la copropriété a enregistré une hausse de 4,6% pour atteindre 343 400$.
Mais ces chiffres annuels illustrent eux aussi un ralentissement très net. Au premier trimestre de 2026, le prix de l’agrégat dans la région avait progressé de 10,7% sur un an — la performance la plus robuste de tout le pays. Passer de 10,7% à 6,1% en l’espace d’un seul trimestre, c’est une décélération significative qui traduit un changement d’ambiance profond sur le marché.
Des acheteurs qui observent avant d’agir
Michèle Fournier, vice-présidente et courtière chez Royal LePage Inter-Québec, décrit un marché qui a profondément changé de visage depuis le début de l’année. «Le marché s’est nettement détendu et nous observons beaucoup moins d’offres multiples qu’auparavant, bien que les acheteurs demeurent présents et actifs», dit-elle. «La tendance est à l’observation: plusieurs acheteurs refusent désormais de se lancer dans des surenchères et préfèrent attendre.»
Cette attitude moins réactive se traduit concrètement dans les chiffres: baisse marquée des offres multiples, allongement des délais de vente, hausse des annulations de transactions à l’étape de l’inspection. Les acheteurs qui passent à l’acte le font de manière plus calculée, ciblant les propriétés «clés en main» et refusant de prendre en charge l’imprévisibilité de rénovations majeures.
Fournier souligne par ailleurs que l’offre grandissante de logements locatifs dans la région contribue à réduire le sentiment d’urgence chez les locataires qui envisageaient d’accéder à la propriété. Moins de pression signifie plus de temps pour réfléchir — et davantage d’hésitations au moment de signer.
L’inventaire reste faible
Paradoxalement, la rareté de l’offre demeure une réalité dans la région de Québec. L’inventaire de propriétés disponibles reste bas sur l’ensemble du marché, ce qui continue d’exercer une légère pression à la hausse sur les valeurs. Mais cette contrainte structurelle ne suffit plus à elle seule à entretenir la frénésie des dernières années.
«Cette rareté de l’offre maintient une légère pression à la hausse sur la valeur des propriétés, mais la croissance des prix s’est grandement atténuée comparativement aux trimestres précédents», note Fournier. L’équation a changé: là où la pénurie d’inventaire engendrait autrefois des guerres d’offres systématiques, elle génère aujourd’hui une activité plus mesurée, dans laquelle les vendeurs doivent ajuster leurs attentes.
Le même phénomène est observable dans les données de l’APCIQ.
L’incertitude économique et politique comme nouveaux freins
Plusieurs facteurs conjoncturels expliquent ce changement d’attitude chez les acheteurs de la capitale, selon Royal LePage. Les compressions annoncées dans la fonction publique — pilier traditionnel de l’économie de Québec — créent une anxiété nouvelle chez des ménages dont la stabilité d’emploi était jusqu’ici tenue pour acquise.
Le deuxième facteur est politique. L’approche des élections provinciales prévues à la fin de l’été génère un «effet de gel» sur le marché. «Les périodes électorales alimentent l’insécurité des acheteurs quant à leurs décisions financières», explique Fournier. L’éventualité d’un gouvernement minoritaire et les débats qui l’accompagnent suffisent à pousser une partie des acheteurs potentiels à reporter leur décision à l’automne.
S’ajoutent à ces facteurs locaux les incertitudes internationales liées aux négociations commerciales avec les États-Unis, qui pèsent sur la confiance des ménages bien au-delà de la seule région de Québec.
Des prévisions revues à la baisse
Royal LePage a ajusté ses projections pour la capitale nationale en conséquence. La firme anticipe désormais une hausse de 8,0% du prix de l’agrégat dans la région de Québec au quatrième trimestre de 2026 par rapport à la même période l’an dernier — une prévision revue significativement à la baisse par rapport aux 12,0% projetés il y a trois mois.
Cette révision ne signifie pas un effondrement des valeurs. Avec une hausse annuelle anticipée à 8,0%, la région de Québec demeure l’un des marchés les plus dynamiques de la province. Sherbrooke et Trois-Rivières affichent des prévisions de 8,0% et 7,5% respectivement, pendant que Gatineau plafonne à 1,5% et que le Grand Montréal est attendu à 5,0%.
Mais pour une région habituée à dominer tous les classements depuis deux ans, ce rééquilibrage marque indéniablement la fin d’une séquence exceptionnelle. Après avoir été exclue du classement des villes les plus abordables du Canada — seul marché au pays à avoir vu son indice d’abordabilité se détériorer depuis 2024 —, la région de Québec semble désormais amorcer un atterrissage.
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