Écrans

Les hommes d’Anik et Léane 

La réalisatrice Anik Jean (à gauche) et l'actrice Léane Labrèche-Dor.

Les hommes de ma mère, premier long métrage d’Anik Jean, prend l’affiche aujourd’hui. L’histoire écrite par Maryse Latendresse raconte comment Elsie, une trentenaire à la dérive jouée avec sensibilité par Léane Labrèche-Dor, renoue avec ses anciens beaux-pères après la mort de sa mère.  

Ces hommes sont joués par une solide distribution: Patrick Huard, Colm Feore, Marc Messier et Benoît Gouin. Le premier est le mari d’Anik Jean et le deuxième «est comme de la famille» aux yeux de la réalisatrice, qui a aussi fait appel à Isabel Richer et à Sandrine Brisson, deux comédiennes qui ont joué dans l’un ou l’autre de ses courts métrages. Même le directeur photo, Steve Asselin, avait travaillé sur les premiers clips de la chanteuse de Schizophrène

«Je me suis entourée de monde qui pourrait m’amener sur le bon chemin pour mon premier long», reconnaît Anik Jean en entrevue avec Métro.  

Des hommes en or 

C’est d’abord l’humanité des personnages et du scénario qui a attiré Léane Labrèche-Dor vers le film. «Je comprenais pourquoi la mère d’Elsie était tombée amoureuse de chacun d’entre eux!» lance-t-elle, soulignant du même souffle que «c’est un vent de fraîcheur de montrer des hommes aimants». 

Léane Labrèche-Dor. Photo: JF Galipeau/Métro

Pour l’actrice, se retrouver entourée d’acteurs si expérimentés a été une expérience inestimable. Durant les tournages, elle passait de l’un à l’autre, ressentant les énergies de chacun.  

«Au début, je me disais que je ne devais pas me laisser trop influencer pour que mon personnage garde sa trame, se souvient-elle. Mais finalement, non, parce que dans la vie, on se fait influencer. On agit avec notre père différemment qu’avec notre ami. Ça, ça nourrit aussi l’interprétation.» 

C’est que les quatre hommes sont radicalement différents, même s’ils éprouvent tous le même amour envers Elsie. L’un est un homme de théâtre, un autre est un amateur de musique avec des pertes cognitives, le troisième est propriétaire d’un bar mi-rock mi-quétaine baptisé le Magic, et le dernier est un vétérinaire.  

De gauche à droite: Isabel Richer, Colm Feore, Benoît Gouin, Patrick Huard, Maryse Latendresse, Léane Labrèche-Dor, Anik Jean, Jean-Simon Leduc, Anne-Marie Cadieux, Marc Messier. Photo: JF Galipeau/Métro

«J’ai vu ça comme des cours, non seulement de jeu, mais aussi pour trouver le chemin vers un personnage, de compréhension de texte, de comment être sur un plateau, de s’assumer dans plein d’affaires, note Léane Labrèche-Dor. Ça m’a pris du temps avant d’arrêter d’être intimidée, mais j’ai réalisé que j’avais la chance d’être entourée de gens que j’admire et je me suis dit: “prends tout”.» 

Entre le deuil et l’autodestruction 

Les hommes de ma mère commence avec les adieux d’Elsie à sa mère. Le deuil d’un parent, c’est l’un des points communs entre Léane Labrèche-Dor, qui a perdu sa mère à l’adolescence, et Anik Jean, dont le père est décédé alors qu’elle commençait à travailler sur le film.  

«La relation que j’avais avec lui était pas mal comme celle d’Elsie avec sa mère, confie la réalisatrice. Ça m’a vraiment amenée à approfondir, à trouver une beauté dans le deuil, à trouver un chemin qui nous amène à quelque chose qui va nous éclairer. Comme un pèlerinage.» 

Pèlerinage qu’elle a elle-même fait en allant voir les ami.e.s de son père et les restos où il aimait aller, un processus qui l’a aidée à comprendre des choses sur elle. Et Anik souhaitait la même chose pour Elsie: «Je voulais qu’elle découvre des choses sur elle, qu’elle découvre qu’elle peut être en amour, qu’elle découvre qu’elle peut se faire confiance, surtout.» 

Anik Jean. Photo: JF Galipeau/Métro

«J’ai lu l’histoire et je me voyais dans Elsie, dit Anik Jean. Toute ma vingtaine et au début de ma trentaine, c’était pas mal ça: j’étais dans la fuite, dans l’autodestruction. Je sabotais des relations, j’avais peur de m’engager.» 

Même son de cloche chez Léane Labrèche-Dor: «Il y avait plusieurs éléments du personnage d’Elsie avec lesquels je pouvais connecter: le deuil, le côté autodestructeur quand on vit des épreuves.» 

«Ça ne te prend pas d’avoir perdu ta mère pour jouer ce rôle, soulève l’actrice. Mais mon deuil fait que ça m’a donné envie de montrer ça pour que ce soit plus vrai. Quand on peut avoir une petite besace de choses vraies dans laquelle aller piger juste une fois de temps en temps, c’est un autre travail de jeu et de création. Ce n’est pas juste dans l’imaginaire.» 

Les hommes de ma mère est maintenant à l’affiche.  

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