Juste pour rire Québec: François Morency, comme à ses débuts
Pour la première fois depuis presque 10 ans, François Morency sort des studios de télévision, renfile son chapeau d’humoriste et renoue avec la scène à l’occasion du festival Juste pour rire, à Québec, où il animera un gala dans quelques jours. Même si le milieu de l’humour a considérablement changé en une décennie, le jeune sexagénaire trouve exaltant de revivre l’adrénaline du spectacle, des rires instantanés et du trac. Et il a minutieusement fait ses devoirs afin de livrer la marchandise.
En entrevue avec Métro, François Morency aborde son retour sur scène.
Le grand retour
François, à quand remonte exactement ta dernière prestation en salle?
«Ma dernière participation à Juste pour rire remonte à 2017, quand j’avais animé le gala hommage à Michel Côté. Dès l’été suivant, je suis tombé dans le projet Discussions avec mes parents [diffusé à Radio-Canada de 2018 à 2024, NDLR], et c’était inimaginable de faire quoi que ce soit d’autre en même temps. Surtout pas écrire et présenter des numéros d’humour. On s’était toujours dit que c’était partie remise, et cette année, le timing était bon.»
Comment as-tu réapprivoisé ce métier familier, mais qui a beaucoup évolué depuis le temps?
«Cet hiver, j’ai écrit. Puis, j’ai commencé à roder dans des soirées d’humour à partir du mois d’avril, comme au Bordel et aux soirées comédie club de Stéphane Poirier, sur la Rive-Sud de Montréal. C’était drôle, parce que ça faisait vraiment neuf ans que je n’avais pas fait de vrai stand up! Ça me stressait un peu, au début, la première fois, quand je suis allé littéralement « casser » 20 minutes de matériel. J’ai renoué avec la liberté qu’offre la scène, qu’il n’y a pas à la télé. À la télé, on a toujours des comptes à rendre, on nous dit de faire attention à telle ou telle chose, on reçoit des notes. Sur scène, il y a une liberté inégalée.»
As-tu trouvé ça excitant?
«Oui, tout à fait! Je me suis senti exactement comme à mes débuts, quand j’essayais du matériel dans des bars semi-tout croches. Dans la même fébrilité qu’en 1994, quand je faisais des soirées stand up au Café Campus. Je retrouvais exactement la même vulnérabilité. La différence, c’est qu’aujourd’hui, je suis capable de faker quand je suis nerveux. Le gros changement, ce sont les soirées d’humour, qui n’existaient pas à l’époque. On joue maintenant devant un public intéressé, captif, respectueux, multigénérationnel. Mais le feeling personnel de tester du matériel, c’est la même angoisse, la même satisfaction extrême quand ça fonctionne, et la même frustration quand ça ne marche pas!»
As-tu craint de ne plus être dans le coup? Que tes thèmes ne soient plus actuels, par exemple?
«On a toujours un peu cette crainte-là. Écrire pour une série télé ou pour la scène, c’est une tout autre planète. J’ai déjà fait pas mal tout ce qui est possible en humour et en variétés, et le stand up demeure la chose la plus difficile, parce qu’on est vraiment tout seul, totalement exposé. Les gens sont à quatre pieds de toi; tout ce que tu fais, tout ce que tu sens, le monde le voit. Si tu es nerveux, si tu transpires trop, ça paraît. Cinq minutes avant d’embarquer sur scène, je me demandais ce que je faisais là, et je me disais: « Mais quelle mauvaise idée! » On doute alors de tout et de rien. Mais ç’a été super. Il y a quelque chose de très revalorisant, quand on voit qu’on est encore capables, qu’on est encore dans la game, et quand des humoristes plus jeunes viennent nous voir, après, pour nous dire: « Wow, c’était solide! ». Qu’ils admirent et respectent le fait que tu reviens te mettre en danger, en quelque sorte.»
Et à quoi ressemblera-t-il, ce gala que tu as soigneusement préparé? Qui seront tes invités?
«Dans les galas, les gens veulent voir des choses différentes, qu’ils ne verraient pas dans un spectacle solo. On peut jouer multi médiums et multi tons, faire des choses plus corsées ou légères, en duo, en trio. Dans la salle, il y a des fans de tous les types d’humour. Pour moi, ça fait partie de l’environnement Juste pour rire. Donc, moi, je ne ferai pas que du stand up. Les invités sont libres de faire ce qu’ils veulent, mais moi, je voulais aller dans tous les tons. J’ai deux numéros de stand up de huit ou neuf minutes, qui sont très personnels. J’ai deux capsules préenregistrées diffusées à l’écran. Je fais aussi un numéro de groupe, un numéro musical et je suis intégré dans le numéro d’un autre artiste invité. Après, chaque invité a son univers. Il y a des affaires archi absurdes. Il y aura des vétérans comme P-A Méthot, des vétérans d’une plus jeune génération comme Katherine Levac, des gens plus récents comme Jay Laliberté, Christophe Duperré et Rachelle Elie, qui vient du milieu anglophone. Benjamin Gratton et son père, Mathieu Gratton, feront aussi un numéro super drôle en duo.»
Julien Lacroix, l’éléphant dans la pièce
Es-tu content de revenir à Juste pour rire alors que le «ménage» a été fait après l’affaire Rozon? Quoiqu’on ait encore échappé un pot ce printemps, avec l’affaire Julien Lacroix…?
«Le ménage est fait jusqu’à ce qu’un autre pot tombe par terre! C’est impossible de dire que tout est réglé. Ç’a été une gaffe de Sylvain [Parent-Bédard], de Juste pour rire, une gaffe interne. Qu’il ait voulu aider Julien, ce sont ses valeurs, c’est légitime, et on peut le critiquer. Il a juste oublié que son entreprise s’appelle Juste pour rire et vient avec un historique. On ne peut pas faire comme si tout le monde avait oublié. Ça fait 10 ans que tout le monde se frotte dans l’eau de Javel en jurant être clean. Et, en une seconde, tu repousses tout le monde dans la bouette… Ç’a été une gaffe. Maintenant, est-ce qu’il va y en avoir d’autres? Peut-être. C’est impossible de dire que, maintenant, on est à l’abri. Il peut y en avoir une la veille de mon gala ou le soir même! Il y a tellement de gens impliqués [dans un festival d’humour], et tellement d’affaires pouvant être reprises hors contexte et créer des semi-scandales sur les réseaux sociaux… On va dealer avec, s’il y en a d’autres! J’ai tellement vécu pire que ça…»
[NDLR: François Morency a animé 22 galas en carrière, dont 11 à Juste pour rire, ainsi que des remises de prix Olivier et Artis. C’est lui qui était à la barre des Olivier en 2016, année où Mike Ward et Guy Nantel s’étaient fait censurer un gag de leur numéro par un avocat de la compagnie d’assurances du gala, une décision qui avait causé un petit scandale. Il était de retour aux Olivier en 2017, deux mois après les dénonciations contre Éric Salvail et Gilbert Rozon.]
L’avenir de François Morency
Quels sont tes autres projets pour le reste de l’année?
«La deuxième saison du jeu LA question [qu’il anime depuis l’an dernier à Radio-Canada, NDLR] est déjà enregistrée et sera diffusée à partir de septembre. Ensuite, j’hésite. Parce que Juste pour rire me redonne le goût de la scène. Est-ce que je dois repartir pour un autre show? Créativement, c’est certain que j’en aurais envie, mais il faut considérer tout ce qui vient avec, comme l’horaire de soir, le fait d’être toujours sur la route et de devoir réserver les salles longtemps à l’avance. On manque de salles! J’ai aussi une idée de série télé que j’écris en même temps. Disons que je suis joueur autonome. Je n’ai aucun engagement envers qui que ce soit. Je vais laisser retomber ça quelques semaines au mois d’août, puis, en septembre, m’enligner sur le prochain truc.»
Le festival Juste pour rire Québec se tient du 22 juillet au 9 août, et le gala de François Morency aura lieu le 25 juillet, au Palais Montcalm. Les autres galas sont animés par Laurent Paquin (22 juillet), Coco Belliveau et Liliane Blanco-Binette (23 juillet), Marthe Laverdière et Philippe Laprise (24 juillet) et Christian Marc Gendron et Pierre-Luc Pomerleau (26 juillet). Pour toute la programmation: quebec.hahaha.com.
3 autres événements à signaler au festival Juste pour rire Québec
- Les Roasts. Cette année, Marie-Mai (Mona de Grenoble à l’animation), Patrice Bélanger (Guy Jodoin à l’animation), Mathieu Dufour (José Gaudet à l’animation) et Mario Jean (Billy Tellier à l’animation) sont les quatre personnalités qui recevront un bien-cuit de la part de leurs camarades artistes. Du 30 juillet au 2 août, au Palais Montcalm.
- Les spectacles thématiques. À Sa face me dit d’quoi, des duos d’humoristes émergents se produisent en format 30 minutes chacun. À la Soirée Comédie Club de Rolly Assal, place au stand up pur et dur à l’américaine. Dans Comédie dans le noir, qu’anime Jean-Michel Martel, vous serez plongés dans l’obscurité totale et devrez deviner l’identité des humoristes invités par leur voix et leur type d’humour. Du côté de Sans censure, on abordera des sujets tabous comme la religion, le sexe, la politique et la mort, crûment, sans filtre et sans retenue. Différentes dates pendant le festival, au Saint-Jean Comédie Club.
- Carte blanche d’Annie: Génération Brocoli. Ex-petits brocolis, allez ressasser vos merveilleux souvenirs avec la chanteuse préférée de votre enfance. Annie Brocoli convie des invités surprises, promet des performances éclatées, des clins d’œil nostalgiques et, pourquoi pas, quelques chansons, pour célébrer la génération qui l’a tant aimée, dans un grand spectacle extérieur tout en légèreté. Germaine la grenouille végétarienne ira-t-elle faire son tour? Le 31 juillet, à 21h, sur la Place George-V.