Trop de bruit, pas assez de services: le Vieux-Québec n’attire plus les résidents
Le Vieux-Québec a perdu les deux tiers de ses résidents dans les 80 dernières années. Pour le meilleur ou pour le pire, le secteur est devenu principalement un attrait touristique. Que peut faire la Ville pour attirer davantage de résidents? Ça commence par la prise en compte des besoins de ceux qui y habitent.
À son arrivée en poste en 2021, le maire de Québec Bruno Marchand avait promis de regarnir le Vieux-Québec en y ajoutant 500 résidents. Le but: redynamiser le quartier. Cinq ans plus tard, l’objectif reste le même.
«Cet objectif, on n’en déroge pas», indiquait le maire de Québec lors de son premier point de presse de 2026. «Plus de citoyens vont amener plus d’intérêt, plus de commercialisation et plus d’intérêt de s’établir dans le Vieux-Québec.»
Un «désert alimentaire»
Bien que les hausses de loyers continuent d’être un enjeu dans plusieurs grandes villes du Québec, ceux du Vieux-Québec restent relativement stables. Des recherches menées par notre équipe ont conclu que le prix moyen d’un logement 4 1/2 dans le Vieux-Québec s’offre à 1655$ par mois. Pour l’ensemble de la ville, la moyenne se situe entre 1200$ et 1800$ par mois.
Le réel défi du Vieux-Québec est plutôt celui des services. Du transport aux commerces essentiels, les services manquent à l’appel.
C’est ce qui a poussé, principalement, la résidente Micha Horswill à quitter le quartier après seulement un an. «Tout ce que je voulais faire, il fallait que je sorte du Vieux-Québec», s’explique la femme originaire de Lévis.
Tout est pensé pour les touristes, rien pour les résidents.
Micha Horswill, ex-résidente
Mme Horswill est connue pour ses vidéos sur TikTok et Instagram. Elle aborde l’histoire et les bijoux cachés de Québec.
Jocelyn Gilbert, résident du Vieux-Québec depuis 12 ans ainsi que Président du conseil de quartier du Vieux-Québec–Cap-Blanc et colline Parlementaire, est du même avis. Tout comme Micha Horswill, il déplore, entre autres, le manque d’épiceries. «C’est devenu, en sorte, un désert alimentaire», s’exprime-t-il.
«On le voit un peu sur la Rue St-Jean, c’est à-dire une série de boutiques qui ne sont que destinées aux visiteurs, où on vend des bebelles, des bonbons, de la crème glacée, du popcorn. (…) Acheter un chandail avec un gros chevreuil, il n’y a pas de problème, mais c’est pas ça qu’on veut.»
Jusqu’à présent, le Vieux-Québec ne détient pas d’épicerie à grande surface. Les quelques marchés disponibles, tels que l’Épicerie Richard sur la Rue des jardins, ou encore l’Épicerie de la Rue Couillard, offrent une gamme restreinte de produits. L’Intermarché de la Rue St-Jean, quant à lui, offre plusieurs produits mais ne se situe pas dans le coeur du Vieux-Québec.
L’offre est mince du côté des pharmacies également. En janvier, le Jean Coutu de la Rue St-Jean, seule grande pharmacie dans le Vieux-Québec, a dû fermer ses portes.
«Il faut prendre son mal en patience»
En frais de transport, ce n’est pas mieux. Bien que plusieurs parcours d’autobus sont disponibles dans le Vieux-Québec, ceux-ci sont offerts avec des horaires restreints, et, souvent, des retards. À voiture, ce n’est pas plus simple à cause des bouchons de circulation. Et à pied? «Il faut prendre son mal en patience», ajoute Micha Horswill.
Semble-t-il qu’il faut faire des compromis au niveau du bruit ambiant, également. Au pied de plusieurs commerces, des hauts-parleurs diffusent de la musique à volume très élevé. En anglais, de surcroît. «C’est 60% des commerces dans le Vieux-Québec qui ont des caisses de son en façade, ça donne une cacophonie», explique Jocelyn Gilbert. «En plus des amuseurs de rues qui sont parfois hors contrôle dans l’amplification sonore. Ça aussi c’est un dossier qu’on travaille avec la ville.»
Cette pollution sonore se fait aussi voir par l’accueil de grands évènements, tel que le Festival d’été ou les Grands Feux Loto-Québec, ainsi que les voitures bruyantes, qui défilent les rues du Vieux-Québec l’été.

Une solution à l’Européenne?
S’il existe une solution, ce sont les villes européennes qui l’ont, selon Jocelyn Gilbert. «Le Vieux-Québec est un milieu touristique, historique, patrimonial. Si on regarde partout dans le monde, les gens qui visitent ces endroits-là veulent que ce soit des lieux habités», explique-t-il. «Que ce soit Barcelone ou Venise, plusieurs endroits font déjà des efforts pour ramener des résidents.»
D’ici là, les amoureux du Vieux-Québec ne lâcheront pas le morceau, comme l’explique Micha Horswill. «Ceux qui restent dans le Vieux-Québec, c’est vraiment des amoureux de la place. Ils l’ont dans le coeur puis ils décident d’y vivre avec tous les désagréments que ça apporte.»