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Le TGV «ne se fera jamais», dit Philippe Schnobb

Philippe Schnobb devant son affiche de candidat, sur une rue du Plateau.

Le projet de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto ne verra jamais le jour, de l’opinion de Philippe Schnobb, candidat du Parti québécois et ex-président de la STM. D’où la concentration du parti sur d’autres projets de transport en commun, comme le tramway de Québec ou l’éventuel projet vers Pointe-aux-Trembles.

Métro a interviewé quatre des cinq principaux partis sur des sujets touchant Montréal et Québec. Voici donc le deuxième d’une série de trois textes portant sur le logement (QS), l’immigration (PLQ) et le transport (PQ). La CAQ a annulé une entrevue prévue sur le financement des municipalités. Le Parti conservateur du Québec a décliné notre demande d’entrevue sur la défense et l’aérospatiale.

Métro a rencontré Philippe Schnobb à la Place Roy, une petite place publique à deux pas du parc La Fontaine, dans la circonscription où il se présente. Après une dizaine de minutes, une passante l’apostrophe.

«Je vote pour vous! Je pense que ça va marcher, savez-vous, parce que vous êtes connu. Nous avons besoin de vous.»

«Je travaille fort! Et moi aussi j’ai besoin de vous. Parlez-en à vos voisins!», répond M. Schnobb.

Ce n’est la première fois que M. Schnobb se présente en politique active. Ex-journaliste, il avait brigué un poste au conseil municipal de Montréal avant d’être nommé président de la Société de transport de Montréal (STM).

Mais cette fois, il se présente alors que son parti adopte une position controversée dans son champ d’expertise : le transport. Le PQ a fait l’objet de multiples critiques depuis qu’il a promis de se retirer du projet de train à grande vitesse TGV, le plus gros projet d’infrastructures dans les cartons du gouvernement fédéral.

«Dès le moment que j’ai vu ce projet se déployer, […] je me disais dans le fond de moi-même que ce projet-là, malheureusement, ne se fera jamais.»

Philippe Schnobb, candidat du Parti québécois et ex-président de la STM

Le candidat dans Sainte-Marie–Saint-Jacques souligne qu’il est en faveur d’un TGV. Mais le contexte actuel fait en sorte qu’il sera impossible de procéder avant qu’un changement de gouvernement au fédéral ne force le report ou l’annulation du projet.

«C’est un projet qu’on aurait dû faire il y a longtemps, parce que c’est insupportable qu’on n’ait pas ça ici. Mais je suis convaincu que, politiquement, il y a trop d’impondérables dans son processus.»

Il souligne qu’il y a déjà eu une manifestation – entre autres mobilisations publiques – à Mirabel. L’Union des producteurs agricoles s’oppose aussi au tracé. La grogne a forcé Alto à étudier un tracé différent.

«Si on ne s’entend pas pour faire passer les voies à Mirabel, et bien, multipliez ça par le nombre de municipalités où le train devra passer entre Toronto et Québec», lance M. Schnobb.

Un grand besoin d’entretien

Le coût du TGV est estimé entre 60 G$ et 90 G$. Selon le PQ, si cet argent existe, il devrait être utilisé pour l’entretien de structures existantes.

Le PQ n’a pas chiffré la part des investissements publics qui seraient réservés à l’entretien. Contrairement au Parti libéral, qui promet de faire passer la part de l’entretien à 75% des investissements, contre 70% actuellement. Il promet aussi que les investissements dans les infrastructures des municipalités passeraient de 4,4% du PQI à 8%.

Quant au Parti québécois, il promet d’accélérer l’entretien du réseau de métro à Montréal. Il promet notamment de remplacer les trains MR-73 qui restent par des trains Azur.

Un projet à moindre coût pour l’Est

La semaine dernière, le PQ a présenté ses plans pour un projet de transport collectif structurant dans l’Est de Montréal. Finies, les lubies à plusieurs dizaines de milliards de dollars. On coupe Repentigny, on coupe Montréal-Nord. Ce qui reste: une ligne de transport partiellement souterraine reliant la station de métro Honoré-Beaugrand à la Pointe-de-l’Île.

Le coût de se rendre à Repentigny a été dénoncé à plusieurs reprises. Mais pourquoi exclure Montréal-Nord?

«On va privilégier une phase 1 qui coûterait entre 3 G$ et 5 G$. C’est une bouchée qu’on est capable de prendre», dit Philippe Schnobb.

Une seconde phase traverserait la rivière des Prairies pour rejoindre Repentigny. D’autres options devront être trouvées pour Montréal-Nord. «Ça pourrait se faire par le réseau de bus sur Lacordaire. La ligne bleue se construit aussi, il y aura des façons plus faciles de relier Montréal-Nord que d’essayer de rejoindre la ligne verte», souligne-t-il.

Pour Pointe-aux-Trembles, on parle d’un tramway? D’un nouveau REM de l’Est?

Ça sera aux experts de CDPQ Infra de trancher.

La Chambre de commerce de l’Est de Montréal a demandé a demandé à chacun des partis de présenter un engagement «formel, budgété et irréversible» pour le Projet structurant de l’Est. Sans quoi aucune promesse pour l’Est ne serait jugée crédible. Le PQ est le seul à avoir proposé une formule claire et un coût approximatif.

Une passe à 95$

Le PQ propose aussi une passe mensuelle à 95$ pour le transport en commun. Cette passe serait universelle, applicable à toutes les sociétés de transport du Québec et au transport interurbain.

Un résident de Montréal économiserait ainsi 15$ par mois sur sa passe mensuelle «tous modes de transport». Un résident de Laval ou Longueuil sauverait 75$. À Québec, les économies seraient d’environ 7,50$ par mois pour un résident de la capitale, ou de 20$ pour un résident de la banlieue.

Pourtant, diverses études montrent que l’efficacité du transport est un argument bien plus fort pour délaisser la voiture que le prix de la passe. Une expérience en Allemagne montre que, même avec une passe pratiquement gratuite – l’équivalent de 13$ – l’utilisation du transport en commun n’augmente pas autant qu’on pourrait le croire.

Selon Philippe Schnobb, la passe n’est pas une mesure «anti-auto». C’est surtout une mesure pour éviter que les résidents des banlieues n’achètent une deuxième, voire une troisième voiture.

«La deuxième voiture, on s’entend, c’est surtout pour s’assurer que les deux parents puissent aller travailler», souligne-t-il. «On n’est pas anti-autos. On veut juste donner des outils aux gens pour qu’ils n’en aient pas nécessairement besoin.»

Et le tramway de Québec?

Vendredi, le lendemain de notre entrevue avec M. Schnobb, le PQ a annoncé ses engagements pour la Capitale-Nationale. Le parti promet notamment de réaliser «en priorité» la phase 1 du tramway de Québec, le projet TramCité.

Actuellement, la Ville de Québec mène des travaux préparatoires, notamment pour déménager des infrastructures souterraines. Les travaux pour le tramway lui-même n’ont toutefois pas encore commencé.

Le financement du projet vient d’être assuré «à triple tour» par le gouvernement sortant. Le Québec financera environ la moitié du projet avec 4,1 G$, avec un ajout de 2,75 G$ du fédéral. La Ville avancera quant à elle 750 M$.

En entrevue, M. Schnobb n’était pas en mesure d’indiquer si le PQ respecterait ce même montage financier. Une demande de précision envoyée au parti est restée sans réponse.

Les cinq principaux partis politiques entrent dans la dernière ligne droite de la campagne. Après des débats des chefs à TVA, à Noovo et à Radio-Canada, ils ont participé tous les cinq à l’émission Tout le monde en parle dimanche. Ce sera bientôt aux électeurs de décider qui formera le prochain gouvernement.

Avec la collaboration de Sara Comadina.

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